L’odyssée de l’espèce et de l’espace.

NOUT.

LUVAN

ROMAN.

ILLUSTRATION COUVERTURE: ROBERT STAWELL BALL,1874/ Drawning of the comet C/1874 H1. Science photo library

EDITIONS LA VOLTE.

18 euros

Parution le 17 Avril 2025

« L écriture, pense-t-on, a non seulement trahi la source, elle a également poussé vers les franges de l’inexplicable ce qu’elle échouait à proprement saisir.

Des choses simples, comme l’origine du monde sont devenues des énigmes« 

Quatorze actes et quatre annexes, d’une beauté à couper ou à redonner le souffle. Luvan convoque dans cet OLNI ( objet littéraire non identifié), des chercheurs, des compositrices, des philosophes, des scientifiques.

Nous sommes propulsés dans une poésie prophétique, une archéologie hors de nos repères spatiaux et langagiers.

Dans cet odyssée qui réunit les mathématiques, la philosophie et la musique, luvan sculpte, écrit, compose un sens inédit pour une humanité hybride.

On y rencontre entre autres, Vera Rubin, Aristote, Galilée, Laurie Spiegel, Edmond Halley, Claudio Monteverdi, mais aussi nos ancêtres hominides.

Les notes de composition de la musicienne Valérie Leclercq ponctuent l’ouvrage.

Où comment inventer un mot qui est un son pur, un silence, une mesure, un néant, une molécule, une combinaison biochimique, la nostalgie….

Il faut plonger dans « Nout », déesse de la mythologie égyptienne.

Entre nos mains, ce livre aussi beau par son son récit que par le soin pris par l’éditeur, « La Volte ». Une mise en page exceptionnelle, une partition littéraire absolue, un papier d’une pureté sidérale, qui a dit que l’édition n’est plus l’édition, ou quelque chose dans ce genre? Respect à l’éditeur et à l’équipe!

En apesanteur avec luvan:

Est-ce que l’on peut dire que votre dédicace « A mes parents qui m’ont donné en proportion égale, la fascination pour l’espace et la musique « résume l’ADN de ce livre? On ressent en effet une forme de tension et d’harmonie, entre espace, musique, sciences.

Oui. Mais ce n’était pas prématuré. La musique est arrivée assez tard, comme une évidence. Sans musique – ou plutôt l’anticipation d’une musique – impossible d’imaginer l’espace. Ou peut-être : (faire) imaginer la musique me permet de (faire) imaginer l’espace.

Quelle est l’origine de ce livre?

Je suis fascinée par l’espace. Je voulais simplement écrire un roman spatial. Au stade de l’envie, j’envisageais tout – ou plutôt je ne m’interdisais rien. L’éventail des possibles allait de Star Trek à Arrival, en passant par Alien ou 2001 l’Odyssée de l’Espace. J’avais également en tête les œuvres de Stapelton ou de Poe, l’anti-épopée de Martinson (Aniara), et puis la poésie de Rebecca Elson. Mais rien de plus. Aucune intrigue. Ce qui m’intéressait avant tout, c’était de restituer l’émerveillement (théorisé sous le terme anglais de ‘sense of wonder’) qu’éveillent en moi les fictions spatiales. J’ai commencé, comme je le fais d’ordinaire, par une longue phase de documentation. Et c’est au cours de cette phase que des portes se sont violemment fermées dans
mon esprit – non, je n’enverrai pas les êtres humains (volontairement) dans l’espace – et que d’autres se sont ouvertes dans la joie et le chaos – musique, poésie, hybridation, espoir, apocalypse, errance, sagesse.

De quelle façon les travaux de la scientifique américaine, Vera Rubin ont influencé votre écriture ?

Pendant ma phase de documentation, j’ai voulu, cette fois, parler à des spécialistes, ou plutôt les faire parler. En parallèle, j’ai lu une quantité improbable de livres et d’articles. Chaque fois, je butais sur un nouveau concept, une nouvelle règle de la physique, une nouvelle équation
intermédiaire. C’était inhabituel, vertigineux, agaçant, splendide. J’ai lu et appris plus que sur aucun autre projet. Et puis surtout, j’ai assez vite établi que ce qui faisait ‘conte’ pour moi, ce n’était pas tant les concepts eux-mêmes – terriblement abstraits et distants – que la découverte, le tâtonnement.
Histoires de fulgurances, d’obstination, d’obsession, de renoncement parfois. La fameuse quête, en somme. Mais aussi du hasard, du jeu, du temps… J’ai donc ajouté à ma pile à lire monstrueuse des biographies de scientifiques. Celle de Vera Rubin est la première d’entre elles, consultée au
Deusches Museum de Munich. Par pur hasard.

Est-ce que l’on peut dire que c’est un livre sur l’espace et l’espèce, avec l’intention de contourner ce que l’on nomme habituellement ? C’est à dire, avec la recherche d’une nouvelle forme de langage produite par les formes
vivantes ? Toutes espèces de formes vivantes ?


Oui c’est exactement ça, merci de le formuler ainsi.

On a l’impression que vous écrivez que l’humain a omis d’écouter l’univers.
L’humain s’est lui-même « réduit » ?


Ah zut, c’est vrai ? J’ai essayé pourtant de montrer l’infinie diversité des attachements humains –
intellectuels, triviaux, spirituels, magiques, religieux, angoissés – à l’espace. Mais il est vrai que l’attachement des êtres non-humains au cosmos (au sens de tout ce qui n’est pas eux, le ciel en particulier) semble – depuis la petite lorgnette de nos récentes études – tellement plus vaste ! J’aimerais tant qu’ils nous élargissent, oui. Mais j’en ignore la façon. C’est sûrement ce désir fou
qui vous donne l’impression que je me lamente sur nos limites. Mais je n’ai pas (encore) laissé tomber l’humanité !

Est-ce que l’on peut dire que vous utilisez dans certains passages, un langage prophétique ?


Oui la prophétie, par sa liberté « folle » m’a semblé le récipient parfait du type de science fiction que je cherchais à produire.

« Terra lapsa s’appela un temps Ukiyo-e »
« Images du monde flottant. Ce terme désigne en japonais un quotidien trivial et magique » Comment voyez-vous vous un quotidien trivial et magique ?


Oui.*

Qui était Lise Meitner?

Lise Meitner est la chercheuse allemande qui, pendant la seconde guerre mondiale, depuis son exil (elle était juive), a découvert la fission de l’atome.


Votre texte suit il une géométrie?


Un battement algébrique plutôt. Une musique. Malheureusement, mon rapport aux mathématiques n’est pas assez intuitif pour me permettre de composer avec. C’est donc un schéma ténu, friable. Sûrement faux, à contre-temps. C’est (aussi) pour exorciser cette frustration que j’ai contacté la
compositrice Valérie Leclercq. Sa prochaine œuvre sera un Nout à la hauteur de mes fantasmes mathématiques.


« Nos ancêtres papillons se reconnaissaient ainsi, ou plutôt s’ignoraient ainsi » Dans ce « s’ignoraient « , il n’y a pas de vide.
Est-ce que le silence est aussi un langage ?
Un signe de reconnaissance ?


Oui.


Vous utilisez l’hébreu assez souvent.
Est-ce que vous écrivez avec une forme « d’archéologie des langues « ?


Ah oui j’aime beaucoup ce terme. Merci de le suggérer. C’est exactement ça. Au-delà des langues – et du silence – ce sont les écarts et les rapprochements qui m’intéressent. Vagues qui ne cessent de nous battre, entre noyade et résurrection.

*référence à L’Étrange Histoire des quanta, de Banesh Hoffmann.
« – l’élève : La lumière est-elle une onde ou une particule ?

  • le professeur : Oui. »

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