LUCIOLES

15 fictions pour des futurs écologiques

LA VOLTE/ REPORTERRE

Prix 18 Euros.

Une prophétie sociale.

Les éditions de La Volte et Reporterre, co-éditent un ouvrage singulier, « Lucioles », en référence au livre de Pier Paolo Pasolini « La disparition des lucioles« .

Dans « Lucioles« , quinze autrices-eurs dévoilent leurs textes.

Ce temps des lucioles n’est autre que notre propre temps, celui qui nous est désormais compté sur cette planète.

Lire cet ouvrage peut dangeureusement nous faire prendre conscience de notre réalité, augmentée ou pas, grâce ou à cause de je ne sais trop quoi. Entre ces pages, ce n’est pas le futur qui m’a sauté au visage, mais bel et bien ce présent qui s’étire dans un espace temps à modeler. Un présent grimaçant, où l’existence ne peut que rimer avec consommation, des biens, des personnes, sous le joug, entre autres, d’une dictature de la perfection, corollaire d’une fuite en avant qui conduit à la désintégration de l’équilibre naturel. Mais qu’importe l’équilibre naturel, rétorquent les marchands de bonheur, l’espèce humaine aurait fait un grand pas en se projetant sur la future colonisation de l’espace. En somme, quand on détruit tout, on va ailleurs… Cet imaginaire messianique, pour reprendre les termes de Vincent Lucchese, journaliste à « Reporterre« , dans sa postface, a permis l’hégémonie des espèces, des sols, l’alibi meurtrier au bénéfice d’une croissance exponentielle

Quand le capitalisme utilise le récit pour asseoir sa domination, nous sommes tous en capacité de lui faire face, en créant à notre tour le récit d’un monde différent et à portée de mains…Ces quinze récits nous disent que ces futurs écologiques sont possibles, à la condition d’écrire nous-même notre propre récit.

Ce recueil en est la preuve. D’individus tétanisés par les nouvelles catastrophiques qui nous ensevelissent quotidiennement, devenus amorphes, sidérés, nous avons là, entre nos mains, la création littéraire du mythe humain. Car le récit doit naître avant l’action. Et autant que ce récit soit le nôtre, celui du respect de la vie, de la justice sociale. Les premières histoires humaines racontent l’homme, la société, afin qu’il se repère dans ce miroir. le miroir aveuglant que nous tendent désormais les quelques milliardaires adeptes du Docteur Folamour; nous y distinguons les terribles reflets d’esclaves drogués à la consommation, paralysés par la peur. La peur d’être libres. La peur d’être le maître de son destin. Inversement du miroir.

On ne referme pas « Lucioles« . C’est un peu comme la boîte de Pandore, version littérature politique.

Chaque nouvelle nous secoue hors de notre dolorisme individuel pour nous ouvrir un « Horizom » collectif, seul projet de société capable de tenir face au capitalisme virulent.

Petit opus pour Elio Possoz qui nous propose une sorte de jeu de l’oie littéraire, un labyrinthe qui pourrait dessiner celui dans lequel nous avons perdu notre âme, mais avec une sortie possible, l’échafaudage d’une société neuve, juste, attentive aux autres, en citoyens lucides. On n’est pas chez les bisounours, on est chez nous, là où cela devient possible. Dans sa petite note, Elio Possoz écrit , entre autres,  » Les revenus tirés de la vente de cette nouvelle seront intégralement consacrés à faire sortir du régime de la propriété privée lucrative des bouts de logements ou des parcelles de bois ou de cultures horticoles, maraîchères ou céréalières« . Et de citer l’anarchiste Buenaventura Durruti «  La bourgeoisie peut détruire et ruiner son propre monde, nous n’avons pas peur des ruines, nous savons bâtir aussi. Nous transportons un monde nouveau, ici, dans nos coeurs« .

Une autre société, un autre langage.

Le langage transporte avec lui l’inconscient de nos sociétés , chariant ainsi un conditionnement indolore.

La Volte, fidèle à sa (re) volte, poursuit son chemin littéraire, déconstruisant dans chaque texte, un pouvoir qui s’auto légitime par le biais de la culture.

Ces textes, faits de ruptures avec les codes conventionels, nous mènent bien au-delà des sentiers battus de la littérature conservatrice. Comment pourrait-on envisager de nouvelles formes de relations si nous n’utilisons pas un langage dégagé de sa charge de pouvoir, de violences souterraines, d’endoctrinement? Avec chaque nouvelle publication, les éditions de La Volte écrivent une nouvelle parcelle d’une société plus juste. « Lucioles » respire comme une réponse puissante, collective, jubilatoire, face au désastre du capitalisme, il pointe du doigt la vigilance face aux nouvelles formes de totalitarisme, déguisées technologiquement, culturellement,sanitairement, sportivement…

EN COHERENCE

Magnifique dessin de couverture d‘Aline Zalko, « Lucioles » est la preuve vivante d’un collectif qui se transmet, qui existe déjà…

Dans une parfaite cohérence avec ses valeurs, l’équipe de « La Volte » confirme, en dernière page, la mise en oeuvre de ses engagements. Totalement engagés dans l’écologie du livre, l’équipe souligne son choix de papier, « Dans l’écosystème du livre, la fabrication constitue le principal générateur de gaz à effet de serre »

Format de ce livre également, adapté « aux presses d’imprimerie afin de diminuer le plus possible le gâchis de matières »

Rien n’est laissé au hasard des diverses pollutions, flux de transports inclus.

« Heureux de poursuivre notre chemin vers une fabrication plus vertueuse, nous continuons à récolter les informations qui manquent sur les encres et colles utilisées mais aussi, sur les fibres et la provenance des pâtes à papier dont les traçabilités ne sont pas toujours accessibles« 

Et de t’interpeller, ainsi qu’à moi, et tous les autres  » Et à toi, lectrice, lecteur, qui participe à ton tour de cette écologie du livre, ton rôle est non moins essentiel. En protégeant au mieux cet ouvrage, tu le rendras pérenne et permettra à d’autres avec toi de profiter de ses multiples vies: la suite est donc entre tes mains« 

« Lucioles » est juste là où tout livre devrait se tenir: dans le questionnement de ce que nous vivons, et dans l’infini possibilité de création de nos propres existences.


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